CONFORME
Acte IICh. 13
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Partie II — Acte II

En cours

Dossier · pièce 13
À assainir

Le lundi, mon badge a mis une seconde de trop à ouvrir la porte de la cellule où l’on m’avait installé.

Une seconde, ce n’est rien. Le voyant passe au rouge, on repasse la carte, ça s’ouvre. Ça arrive tous les jours, dans un bâtiment où les portes sont plus nombreuses que les gens. J’ai repassé la carte, c’est passé au vert, je suis entré, et j’ai pris la place qu’on me gardait depuis une semaine à la grande table.

Je n’avais jamais été aussi bien traité, et je ne m’en méfiais pas.

C’est en marge de tout ça que les petites choses ont commencé. Rien qu’on puisse montrer.

Ma demande d’accès à un fichier que je consultais depuis des années est revenue « en attente de confirmation » — confirmation de quoi, par qui, la case ne le disait pas. Et un matin, on m’a demandé de re-justifier une habilitation que je détenais depuis douze ans, dans un formulaire où il fallait cocher un motif. Renouvellement, extension, réexamen : trois cases, et quelqu’un, quelque part, avait eu la délicatesse de m’épargner le choix.

Je connaissais le mot. Je l’avais croisé récemment sur le dossier de quelqu’un d’autre, et ça ne lui avait pas réussi. Je ne m’y suis pas arrêté. On ne s’arrête pas là-dessus quand on est celui qu’on élève : ça ressemble à de la vanité inquiète, et la vanité inquiète occupe mal un homme chargé de sauver l’État d’un espion.

Alors j’ai fait ce qu’on fait. J’ai rempli le formulaire. J’ai rappelé le service des accès, qui m’a mis en attente, puis a promis de rouvrir mon fichier dès que ce serait réglé. J’ai demandé quand ce serait réglé. La personne a cherché longtemps, avec cette obstination des gens qui font bien leur travail dans un système qui n’en fait pas. Il n’y avait pas de date de clôture. Il y avait un statut. J’ai remercié ; on ne remercie jamais assez les gens qui vous annoncent qu’il n’y a rien à annoncer. Le réexamen était en cours.

Le fichier, lui, a fini par rouvrir le jeudi — complet, à une colonne près. Celle des visas. Les pièces étaient toutes là, mais je ne voyais plus qui les avait validées, ni quand, ni dans quel ordre : la colonne existait la semaine d’avant, je l’avais sous les yeux depuis des années, et on l’avait simplement soustraite à une habilitation en cours de réexamen. J’ai regardé un moment l’endroit vide. On ne me retirait pas les contenus. On me retirait les chaînes — qui avait signé quoi, quel jour, dans quel ordre. Quelqu’un, quelque part, savait très exactement ce que je savais lire.

Rien de tout cela ne tenait, pris séparément. J’avais passé ma vie à lire ce genre de frictions chez les autres comme du bruit de fond. Je n’avais jamais eu à me demander à quoi elles ressemblaient de l’autre côté.

Le vendredi, devant la porte de la cellule, je me suis surpris à attendre — à laisser une seconde au lecteur de badge avant de m’étonner, la main déjà prête à repasser la carte. Ça a ouvert du premier coup. Je suis entré. On me gardait toujours ma place.

Ce soir-là, avant de rentrer, j’ai ouvert l’annuaire interne et j’ai cherché mon nom, sans très bien savoir ce que je vérifiais. Il y était, service et poste exacts. Dans une colonne que je n’avais jamais eu de raison de lire, un champ indiquait l’état du dossier de chacun. Le mien n’était plus vide. Il ne disait rien de grave — un mot, le même que sur le formulaire.

J’ai fermé la page. Il était tard, le bâtiment s’était vidé ; quelque part au-dessus, la climatisation continuait de brasser un air qu’elle avait déjà brassé. Je suis resté assis un moment, sans raison, puis je suis rentré.